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Commentaire de la sourate du Prologue (al-fâtiha)


À propos de la sourate
Pour la majorité des commentateurs musulmans, cette sourate est mecquoise et contient sept versets.

Cette sourate possède plusieurs appellations.
Al-Suyûtî (911/1505) lui en dénombre une vingtaine, Al-Qurtubî (671/1273) douze.

1. Cependant, si on s’en tient aux hadiths authentiques, on trouve à cette sourate quatre noms différents :

Celle qui ouvre le Livre (fâtihatu al-kitâb)
- Ibn ‘Abbâs  rapporte : « Alors qu’il était assis auprès du Prophète, l’ange Gabriel entendit un bruit venant du dessus. Il leva la tête et dit : « C’est une porte du ciel ! Elle s’ouvre aujourd’hui alors qu’elle ne s’était jamais ouverte avant ce jour. » Un ange passa par cette porte, Gabriel s’exclama : « C’est un ange qui descend sur terre ! Pourtant, il n’y est jamais venu avant aujourd’hui. » L’ange les salua et dit au Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) : « Félicite-toi de deux lumières que Dieu t’as données et qu’Il n’a accordées à aucun Prophète avant toi. Ce sont : celle qui ouvre le Livre [al-fâtiha] et les deux derniers versets de la sourate 2, La vache. Tu ne liras pas une seule lettre de ces versets sans obtenir aussitôt les bonnes choses qui y sont demandées à Dieu pour les croyants. »

Les sept versets répétés (al-sab‘u al-mathânî)
Al-Suyûtî, op. cit, vol. 1- p. 116. M. Al-Qurtubî, al-jâmi‘ li ahkâm al-qur‘ân, (Dâr Al-Sha‘b/Le Caire : 1952), vol. 1- p. 111.
2 Hadith rapporté par Muslim.
Abû Sa‘îd b. Al-Mu‘allâ (qu’Allah l’agrée) a dit : « J’accomplissais la salât à la mosquée, quand le Prophète m’interpella. Je ne répondis pas à son appel. Par la suite, je vins le voir et lui dit : ‘Ô Messager d’Allah ! J’effectuais la salâ’. Il me répondit alors : ‘Allah n’a-t-il pas dit : ‘Répondez à l’appel d’Allah et du Prophète lorsque celui-ci vous appelle’ ? Puis il ajouta : ‘Avant que tu ne sortes de la mosquée, je vais t’apprendre la plus sublime sourate du Coran’. Il me prit alors par la main et au moment où nous nous apprêtâmes à sortir, je lui dis : ‘Ô Messager d’Allah ! tu as dit : je vais t’apprendre la plus sublime sourate du Coran’. Il répondit : ‘Louange à Allah Maître de l’univers, etc., elle est les sept versets que l’on répète et le sublime Coran qui m’a été octroyé’. » Par ailleurs, Dieu dit : « Nous t’avons donné les sept versets qu’on répète à chaque salâ, ainsi que le Coran sublime » (15 : 87).

Le sublime Coran
- Voir le hadith précédent.

La mère du Coran ou la mère du Livre (umm al-qur‘ân ou umm al-kitâb)
D’après Abû Sa‘îd Al-Khudrî (qu’Allah l’agrée), certains compagnons du Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) arrivèrent dans une tribu arabe et demandèrent l’accueil. Ce dernier leur fut refusé. Quelques instants plus tard, le chef de la tribu fut piqué par un scorpion, les membres accoururent alors aux compagnons et s’exclamèrent : « Auriez-vous parmi vous un remède ou un guérisseur ? » Les compagnons répondirent : « Nous vous avons demandé l’accueil et vous avez refusé, nous ne ferons rien tant que vous ne nous accorderez pas quelque chose. » Ils leur promirent un morceau de brebis. Après quoi, l’un des compagnons se mit à réciter la mère du Coran [al-fâtiha] en rassemblant sa salive et en crachant [sur le chef] qui guérit. Les membres de la tribu leur apportèrent le morceau de brebis. Les compagnons dirent alors : « Nous n’y toucherons pas jusqu’à ce que nous interrogions le Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) [sur sa licéité]. » Ils lui posèrent la question et ce dernier se mit à rire en s’exclamant : « Comment sais-tu qu’elle est un remède ? Mangez et gardez-moi en un morceau. ». Hadith rapporté par Al-Bukhârî.


Les spécificités de cette sourate

C’est la plus sublime sourate du Coran.
D’après le hadith d’Abû Sa‘îd b. Al-Mu‘allâ (qu’Allah l’agrée) cité précédemment.

Elle n’a pas son équivalent dans les Livres révélés
D’après Ubay b. Ka‘b (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) a dit : « Par celui qui détient mon âme dans Sa main, Dieu n’a jamais révélé une sourate semblable à la fâtiha, ni dans la Thora, ni dans l’Évangile ou les Psaumes. Elle renferme les sept versets que l’on répète (al-mathâni) et le sublime Coran qui m’a été octroyé. »

Elle a des vertus médicinales
D’après le hadith d’Abî Sa‘îd Al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) cité précédemment.
C’est une lumière accordée spécifiquement au Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui). D’après le hadith d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) cité précédemment.
- Cette sourate est une invocation exaucée par Allah le Très Haut. Toujours d’après le hadith d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) cité précédemment.


COMMENTAIRE DE LA SOURATE


Verset 1 : (la basmala)
1 Hadith rapporté par Al-Bukhârî.  2 Hadith rapporté par Al-Tirmidhî qui le juge bon authentique.

- La particule « bi » a ici un sens de demande d’aide (isti‘âna). Elle peut aussi prendre la signification d’une volonté de tirer profit de la bénédiction (tabarruk).

Dire « Bismi allahi » c’est donc dire, suivant la signification que l’on donne à la particule « bi », « je lie en demandant l’aide d’Allah » ou encore « je lie en essayant de profiter de la bénédiction du nom d’Allah ».

- « ‘ism » = nom. La particule « bi » et le mot « ‘ism », auquel elle est liée, sont en relation avec la phrase sous entendue, « je lie ».

- « Allâh » : ce nom est une contraction de l’article défini « al » et du mot « ilâh » qui désigne celui qui est adoré par amour et respect. Ce terme est en fait le nom de Dieu qui ne peut être attribué à autre que Lui. Il est la synthèse de Ses plus beaux noms. Certains savants le considère même comme étant le nom sublime (al-‘ism al-a‘zam).

- « Al-Rahmân » : Le Tout-Miséricordieux, Celui dont la miséricorde est large. Ce terme est sur le schème (wazn) « fa‘lân » qui exprime l’extension.

- « Al-Rahîm » : Le Très Miséricordieux, Celui qui fait parvenir Sa miséricorde à qui Il veut. Ce terme est sur le schème « fâ‘il » qui exprime la réalisation de l’acte. « Al-Rahmân » indique une miséricorde dans Son attribut alors que « Al-Rahîm » indique une miséricorde dans Son acte.

Remarque : Les attributs divins qui relèvent de l’ordre de l’état affectif, tels que la miséricorde (ar-rahma), sont très difficiles, voire impossibles à définir. Le plus souvent, ils sont expliqués par leurs effets.
- Question : est-ce que la basmala est un verset de la sourate de l’ouverture ?
- Réponse : il y a divergence à ce sujet. Pour les Chafiites, la basmala est un verset du Coran et doit être récité à voix audible dans la prière. Ils soutiennent que sans la basmala la prière n’est pas valide. Les Malikites sont d’avis qu’elle ne fait pas partie du Coran et qu’elle est lue pour sa bénédiction seulement. Enfin, pour les Hanafites, elle est un verset du Livre de Dieu servant à faire la séparation entre les sourates du Coran. Pour ces derniers, la basmala n’est pas le premier verset de chaque sourate.

Arguments des Chafiites
- Le hadith rapporté par Al-Dâr Qutnî selon Abû Hurayra qui relate que le Prophète (SBDL) a dit : « Lorsque vous récitez ‘Louange à Dieu, Le seigneur des mondes’, récitez la basmala car elle est [la Fâtiha] le coeur du Coran, le coeur du Livre, elle est ‘les sept versets répétés’ et la basmala est l’un de ses versets ».
- Le hadith rapporté par Al-Tirmidhî selon Ibn ‘Abbâs qui relate que le Prophète (SBDL) commençait par la basmala lorsqu’il priait.

Arguments des Malikites
- Le hadith rapporté par Muslim selon ‘Â’isha qui relate que le Prophète (SBDL) ouvrait sa prière avec la formule « Allâhu Akbar (Dieu est Grand) » puis enchaînait avec : « Louange à Dieu, Le Seigneur des mondes ».
- Le hadith rapporté par Al-Bukhârî et Muslim selon Anas qui dit : « J’ai prié derrière le Prophète (SBDL), puis Abû Bakr, puis ‘Umar, puis ‘Uthmân, tous commençaient leur prière par : « Louange à Dieu, Le Seigneur des mondes ».
- Si la basmala faisait partie du Coran, il y aurait répétition puisque Dieu dit après : « Louange à Dieu, Le Seigneur des mondes » : « Al-Rahmân, Al-Rahîm ».

Arguments des Hanafites
- Selon Abû Dâwûd, les compagnons ont dit : « Nous ne savions pas qu’une sourate est totalement révélée jusqu’à que nous soit révélé la basmala. »
- Dans un hadith authentique rapporté par Al-Hakim et Abû Dâwûd, Ibn ‘Abbâs dit que le Prophète (SBDL) ne distinguait pas une sourate d’une autre tant que la basmala ne lui était pas révélée.

Verset 2
- « al-hamdu lillahi » : Louange à Allah. Louanger signifie exalter les mérites de celui qu’on loue. Ici, le sens de la louange (ath-thanâ’) équivaut à rendre grâce à Dieu par amour et vénération. Il existe donc une différence entre louanger (hamida), vanter (madaha) et remercier (chakara).
- L’expression qui apparaît dans un style affirmatif (khabarî) doit se comprendre dans un style performatif (inchâ’î), car elle porte le sens du commandement, « dites al-hamdu lillahi »1. Cette prescription est confirmée par d’autres versets tels que ce propos adressé au Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) : « Dis : Louange à Dieu, et paix à ceux d’entre Ses serviteurs qu’il a élus !... » (27 : 59).
- Remarque : La louange mentionnée en ce début de Coran est absolue, elle n’est en relation avec aucun espace, aucun temps et aucun acte comme c’est le cas dans d’autres versets.
- « rabbi » : Ce mot provient du verbe « rabba » qui peut vouloir dire posséder. Auquel cas, il signifierait dans le verset, le Possesseur, le Créateur, le Seigneur, le Maître…etc. Mais le terme « rabb » peut aussi être en relation avec le nom « tarbiyya », il prendrait alors le sens de celui qui amène quelque chose à son état le plus parfait de manière progressive.

- « al-‘âlamîn » : Pluriel du mot ‘âlam. Le plus souvent les commentateurs attribuent à ce mot le sens de tout ce qu’Allah a créé (le monde des plantes, des animaux, des anges, des djinns, etc.).
 On trouve une explication de la formule « rabbu al-‘âlamîn » dans le passage coranique suivant : « Qui donc est ce Maître de l’Univers ? demanda Pharaon. C’est, répondit Moïse, Le Maître des cieux et de la terre et tout ce qui se trouve entre les deux, pour peu que vous ayez la foi ! » (26 : 23, 24).

Verset 3

- L’importance de ces deux attributs à cet endroit de la sourate : pour faire la balance entre la miséricorde de Dieu et Son pouvoir en tant que Maître des mondes (Il peut mettre fin à tout et faire ce qu’Il veut). Muslim rapporte que le Prophète a dit dans un hadith rapporté par Abû Hurayra : « Si le croyant avait connaissance du châtiment divin, il perdrait espoir d’entrer au Paradis. Par ailleurs, si le négateur avait connaissance de la miséricorde divine, il n’abandonnerait jamais l’espoir d’entrer un jour au Paradis. »

Verset 4
- « mâliki » : On retrouve deux lectures pour ce terme. L’une lie « mâliki » avec un prolongement du alif, qui signifie, le possesseur, le maître et le propriétaire. L’autre mentionne ce mot sans prolongement « maliki », son sens équivaut au roi et au souverain

- « yawmi ad-dîn » : Le jour de la rétribution, c’est-à-dire le jour où chaque être sera récompensé en fonction de ses actes (rapporté par Ibn ‘Abbâs, Ibn Mas‘ûd, etc.). Le terme « dîn » est aussi utilisé avec un sens identique dans le verset suivant : « Ce jour-là, Dieu rétribuera leurs oeuvres en toute équité (avec justice) » (24 : 25). Cette rétribution se fera donc avec justice. Pourquoi une allusion à la justice à cet endroit même du verset ? En effet, les gens sont différents : pour que le croyant ne se contente pas de la miséricorde de Dieu (tout en continuant à faire des péchés), certains peuvent aussi imaginer que la miséricorde de Dieu est d’ordre général et que pour ce qui le concerne, il ne sera que très légèrement touché par la miséricorde divine, pour que l’on comprenne que la miséricorde n’épargnera pas l’homme injuste, ou que cette miséricorde n’est pas propre à la vie d’ici-bas mais qu’elle jouera un rôle aussi dans l’au-delà, ou encore que cette miséricorde n’est pas liée uniquement à la création mais aussi au jugement dernier, etc.

Verset 5
Dans ce verset, on assiste à un changement de personne (trope ou « ‘iltifât ») puisqu’on passe de la formulation dite « ghâ’ib (propos informatif) » à une formulation dite « khitâb (allocution) ». En effet, Dieu dit « iyyâka » et non « iyyâhu ». Pourquoi ? Pour ne pas rester sur un style unique qui pourrait peser lourd pour celui qui écoute la lecture de cette sourate.
- « na‘budu » : L’adoration, c’est l’ensemble des propos et des actes intérieurs et extérieurs que Dieu aime et agrée, effectués par soumission et amour.
- « nasta‘în » : Demander l’aide de Dieu pour accomplir une entreprise.

     
Remarque
- La cohérence de cette succession, noms et attributs, adoration puis demande d’aide.

Verset 6
- « ‘ihdinâ » : Provient du verbe « hadâ » qui signifie : montrer, indiquer.

- « as-sirât » : On trouve trois lectures différentes pour ce terme, « as-sirât » avec un sîn, « as-sirât » avec un sâd et « az-zirât » avec un zâ’. Ces trois termes ont tous un sens identique, la voie, la route.
- « al-mustaqîm » : Droit non courbé.
- C’est l’invocation contenue dans la sourate par laquelle le croyant demande à Dieu de lui indiquer le chemin le plus rapide (sans incidents) qui mène à lui, car la ligne droite est le moyen le plus rapide d’aller d’un endroit à un autre. L’aide de comprendre et de suivre à la lettre la révélation.
- Remarques : pourquoi une telle invocation ? Que signifie cette prière pour celui qui se trouve déjà sur le chemin droit ?
- Remarque : l’indication ne décrit pas le chemin lui-même mais les gens qui l’empruntent (exemple de Yûsuf).
- Les personnes qui ont été comblées des bienfaits divins sont décrites dans un autre verset coranique, « Car ceux qui obéissent à Allah et à Son Messager feront partie de ceux qu’Allah aura comblés de Ses bienfaits, parmi les prophètes, les justes, les martyrs et les saints. Et quels excellents compagnons que ceux-là ! » (4 : 69).
- Cette indication citée immédiatement après l’invocation joue un rôle important dans la réponse attendue.

Verset 7
- Les deux compréhensions possibles pour l’opposition introduite par la particule « ghayri ».
- « al-maghdûbi ‘alayhim » : certains versets coranique et un hadith laissent sous-entendre que par ceux qui ont encouru la colère divine, le verset entend les juifs.
Voir par exemple la sourate 2, verset 90 ainsi que la sourate 7, verset 152.
Dans un long hadith ‘Adiyy b. Hâtim (qu’Allah l’agrée) dit : « …Le Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) a dit : « Les juifs sont ceux qui ont encouru la colère d’Allah ; quant aux chrétiens ils sont égarement, etc. ». Hadith rapporté par Al-Tirmidhî qui le juge authentique.

Soulignons que cette explication a une portée plus illustrative que réductrice. En réalité, ce premier groupe semble davantage faire référence aux personnes qui dévient de la voie droite de manière délibérée, c’est-à-dire en pleine connaissance de leurs erreurs.

Question : comment comprendre le terme « colère » quand on parle de Dieu ? La colère de Dieu se formule à travers des épreuves, des châtiments, de l’avilissement, etc. Lorsque ses signes ne voient pas la fin, il y a signe certain de l’éloignement de la miséricorde divine.

- « wa lâ d-dâllîn » : D’après le hadith précédent, les commentateurs ont tendances à interpréter le mot « ad-dâllîn » (les égarés) comme signifiant les chrétiens. Mais là encore, le sens est plus large, il englobe plutôt la catégorie des personnes qui dévient involontairement (par ignorance) de la voie menant à Dieu.



Quelques enseignements tirés de la sourate

. La manière de s’adresser à Dieu lorsqu’on L’invoque.
. Tout croyant a un besoin perpétuel de la guidée divine.
. Le croyant n’est à l’abri ni de la colère divine, ni de l’égarement.
. L’importance du groupe en Islam.
. Une règle de bienséance quand on parle de Dieu.

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